L’affaire Karachi ressurgi

Les enquêteurs se demandent si l’ancien maire de Fréjus, mis en examen pour complicité d’abus de bien sociaux, n’a pas cherché à «se constituer un trésor de guerre en vue de la présidentielle de 2002» dans la vente de sous-marins au Pakistan en 1994, selon Le Canard enchaîné. Il s’agit de la deuxième mise en examen dans le volet ministériel de l’affaire Karachi. Après Edouard Balladur en mai dernier, l’ancien ministre de la Défense François Léotard a été mis en examen par la Cour de justice de la République (CJR), a indiqué ce mardi une source proche de l’enquête, confirmant une information du Canard enchaîné. Selon l’hebdomadaire satirique, les enquêteurs se demandent si l’ex-premier édile de Fréjus, âgé de 75 ans, n’a pas cherché «à se constituer un trésor de guerre en vue de la présidentielle de 2002» dans la vente de sous-marins au Pakistan en 1994. L’ancien président de l’UDF a été mis en examen pour complicité d’abus de bien sociaux, après avoir été entendu par la commission d’instruction de la CJR, le 4 juillet dernier. Le 8 mai 2002, une voiture piégée précipitée contre un bus transportant des salariés de la Direction des chantiers navals (DCN) explosait à Karachi, tuant quinze personnes dont onze Français. Tous travaillaient à la construction d’un des trois sous-marins Agosta vendus en 1994 au Pakistan par la France, sous le gouvernement Balladur. L’enquête antiterroriste avait mis la justice sur la piste d’un financement occulte de la campagne de 1995, grâce à des rétrocommissions – illégales – sur des contrats d’armement avec le Pakistan et l’Arabie saoudite. Une deuxième enquête avait alors été ouverte en 2011 sur ce volet financier, confiée aux juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire.

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Le « manège » ultime : l’avion de chasse

Mes amis me trouvent blasés. Je suis tellement habitué aux sensations extrêmes qu’offrent certains manèges qu’une simple montagne russe ne me suffit plus. Il faut dire que j’ai profité de chacun de mes déplacements dans le monde pour expérimenter les manèges les plus sensationnels : le Blue Fire, le Kingda kah, le Top Thrill dragster… Difficile de se contenter d’un simple manège, après ça. Mes amis ont cependant relevé le défi de me surprendre en m’offrant une activité sensationnelle entre toutes : un vol en avion de chasse, avec une partie dédiée à la voltige aérienne. Et là, je dois avouer que non seulement mes amis ont remporté le défi haut la main, mais qu’à cette occasion j’ai aussi atteint mes limites ! Ca a pourtant commencé tout doucement. Un décollage un peu rapide, qui comprime un peu le corps sur le siège. Agréable, mais rien de bien méchant. Puis s’est ensuivi un vol de découverte, à basse altitude. J’essayais de profiter du paysage, mais commençais à m’ennuyer un peu. J’ai toujours détesté la lente montée des manèges en début de parcours, où le wagon atteint un point culminant avant d’offrir une chute vertigineuse. Ces ascensions sont volontairement lentes pour laisser aux novices le temps d’être impressionnés par l’altitude, pour faire monter la peur chez les participants. Enfin le pilote à l’avant m’a averti qu’il allait entamer la voltige. Pendant le briefing, il m’avait demandé quel type de vol je désirais : tranquille, sportif, extrême… Par principe, je lui avais demandé le maximum. Et j’ai été servi. Dès le premier virage, je me suis redressé dans mon siège, surpris. Enfin, tenté de me redresser, vu que j’étais solidement attaché au dossier. La brusque pression qui s’était exercée sur mon corps pendant le virage m’avait fait l’effet d’une douche froide : j’étais parfaitement réveillé. Puis les manoeuvres se sont enchaînées, ne me laissant aucun répit pour retrouver mon souffle. Jusqu’à 6G, c’est-à-dire que cela donne l’impression que le corps pèse six fois son poids : je pèse plus de 400 kg ! Je me contracte autant que possible pour résister au blackout, mon coeur tambourine à une vitesse que je ne lui ai jamais connue. Le pilote ne s’arrête plus : un looping ouvrant sur une série de tonneaux, léger passage sur le dos avant un immelmann… Il y a des moments où j’ai du mal à distinguer le sol du ciel ; mon oreille interne est dépassée par la vitesse à laquelle les changements se font. Lorsque ça s’arrête enfin, je reprends mon souffle. Mes membres tremblent de s’être contractés aussi longtemps. Ma tenue colle sur mon dos dégoulinant de sueur. Le pilote me demande si je suis disposé à supporter une autre série acrobatique, plus corsée celle-là. Je réprime une exclamation incrédule et tente de garder une certaine contenance. La bouche encore pâteuse (je suis déshydraté), je réponds par l’affirmative. Et découvre que ça peut effectivement être encore plus corsé… Quand j’ai rejoint mes amis qui m’attendaient derrière la barrière de sécurité, j’ai eu droit à toutes les plaisanteries possibles. Il faut dire que j’avais le teint cireux. Leur avouerai-je un jour que j’ai vomi dès l’atterrissage ? Probablement pas. Pour plus d’informations, allez sur le site de ce de baptême de l’air en L39 Albatros à Paris Pontoise et retrouvez toutes les infos.

l39

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Botton, volume 2

L’homme d’affaires Pierre Botton, condamné et emprisonné dans les années 90 pour abus de biens sociaux, est soupçonné par la justice d’avoir utilisé à des fins personnelles des dons destinés à l’association contre la récidive qu’il a fondée, a-t-on appris mardi de source proche du dossier. L’ex-gendre de l’ancien député-maire de Lyon Michel Noir, qui a effectué 20 mois de prison dans les années 90 dans une retentissante affaire politico-financière, fait l’objet d’une enquête préliminaire pour « abus de bien social » et « abus de confiance », ouverte en janvier par le parquet de Paris, a indiqué cette source, confirmant une information du journal Le Monde.  Cette procédure fait suite à un signalement de Tracfin du mois de décembre, a précisé cette source. Le service anti-blanchiment du ministère des Finances avait alors détecté des transferts de fonds suspects entre le compte personnel de M. Botton, celui de sa société « Au coeur des prisons » et celui de l’association qu’il a fondée, « Ensemble contre la récidive », selon le quotidien.  « Selon ce signalement, plusieurs centaines de milliers d’euros reçus par +Ensemble contre la récidive+ par le biais de dons privés pourraient avoir servi à M. Botton ou à son entourage pour des dépenses personnelles, sans lien apparent avec l’objet de l’association », affirme Le Monde.  Des perquisitions ont eu lieu en mai, a indiqué cette source, notamment dans les locaux de l’association et au domicile de M. Botton, qui n’a pas encore été auditionné.  « Si jamais des fautes avaient été commises, je les assumerais », a déclaré au quotidien M. Botton, qui a assuré faire « toute confiance à la justice et aux personnes qui encadrent l’association » dont il n’est plus président « depuis deux ans ».  Jointe par l’AFP, l’association n’a pas répondu aux sollicitations.  Depuis sa sortie de prison en 1996, Pierre Botton se consacre à l’amélioration des conditions de détention. Il est devenu un interlocuteur important des pouvoirs publics sur ce thème via les actions de son association, soutenue par plusieurs personnalités comme Pierre Arditi, Yannick Noah ou Michel Drucker.

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La mésinformation politique

Vendredi soir vers 20h30, neuf gigabytes de documents, présentés comme émanant du mouvement En marche, ont été mis en ligne et annoncés sur le forum américain 4chan avant d’être relayés par des militants trumpistes, puis par WikiLeaks. L’équipe d’Emmanuel Macron a dénoncé «une action de piratage massive et coordonnée» de fichiers «obtenus il y a plusieurs semaines», parmi lesquels les cyberattaquants auraient glissé «nombre de faux documents». Nicolas Arpagian, directeur scientifique à l’Institut des hautes études de la sécurité et de la justice (Inhesj) et auteur de la Cybersécurité («Que sais-je», PUF), revient sur cette nouvelle «boule puante» à l’encontre du favori du second tour de la présidentielle.  Quel peut-être l’objectif des «MacronLeaks» ? Ce qui m’a frappé, c’est l’horaire. A quoi bon sortir, si peu de temps avant la fin de la campagne, une masse de documents non triés ? Ceux qui ont fait cela ne pouvaient pas ignorer que la capacité de diffusion et de commentaire de la nouvelle serait limitée. Il y a un côté «médisez, médisez, il en restera toujours quelque chose»… Publier un document isolé qui pointerait vers un élément problématique aurait été tout autre chose, or en l’occurrence, il y a très peu d’informations. Pour que ce mode opératoire soit efficace, il faut apporter un élément décisif. Mais en l’espèce, la démarche a un caractère un peu vain, sinon que c’est une pollution supplémentaire.  A-t-on une idée de la manière dont le piratage a eu lieu ? Pour pouvoir accéder à ces mails et à ces fichiers, il y a eu manifestement accès à un ordinateur ou à un système de messagerie. On trouve beaucoup de mails, des argumentaires électoraux, des grilles de salaire… Mais il faut comprendre que ce type de contamination est peu complexe. Je reste persuadé que pirater un comité de campagne n’est pas chose difficile. Ce sont des structures qui ne surinvestissent pas dans les moyens de sécurité, qui reposent sur le volontariat, et dans lesquelles les gens travaillent beaucoup avec leurs outils personnels. Le principe même d’un comité de campagne, c’est qu’il reçoit des documents émanant de gens qui ne se connaissent pas forcément. Quelles que soient les précautions affirmées par l’équipe d’En marche, un comité de campagne est instable et limité en moyens. C’est pour cela que j’avais émis l’idée que les dépenses de cybersécurité ne soient pas intégrées dans le plafond des dépenses de campagne, pour que les organisations n’aient pas à faire d’arbitrages au détriment des premières.  Il est très délicat d’attribuer une cyberattaque. Pour autant, l’éditeur d’antivirus Trend Micro a récemment attribué des tentatives de «hameçonnage» contre En marche au groupe Fancy Bear, soupçonné d’être lié au renseignement russe et déjà accusé des piratages qui ont visé le camp démocrate aux Etats-Unis… Le piratage d’un comité de campagne n’exige pas de connaissances et de ressources qui signeraient forcément une origine étatique. Pour fabriquer le virus Stuxnet [attribué à la NSA et au renseignement israélien, ndlr] et attaquer des centrifugeuses iraniennes, il faut l’expertise et l’agenda d’une organisation étatique. Ici, l’origine étatique est possible, mais elle ne s’impose pas d’elle-même à partir des moyens techniques, humains et financiers nécessaires pour mener l’attaque… Ce qui est certain, c’est qu’on n’est pas dans du piratage crapuleux, et qu’il n’y a pas eu non plus de revendication spectaculaire. Il s’agit davantage de motivation politique, avec une attaque qui vise ceux qui sont les plus proches de la victoire. La réunion de sensibilisation organisée en octobre par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) avec les partis politiques révélait bien que c’était un sujet de préoccupation.

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Incentive en cuisine

Le week-end dernier, je me suis rendu en cuisine pour y suivre un cours de cuisine à Lille. Cela n’a rien de bien impressionnant, a priori, mais jusqu’à une période récente, vous aviez autant de chances que je cuisine que de gagner au Loto. C’est que, pendant des années, j’ai détesté la simple idée de cuisiner. Au bout d’un moment, ma femme me virait de la cuisine et devait prendre un Aspro. Elle croyait même que je faisais exprès pour échapper à la corvée. Maintenant, je ne saisis plus trop mes réactions. Cuisiner me paraissait tout simplementtrop complexe. Je tergiversais pour les gestes les plus rudimentaires.Je laissais ma femme se charger des fourneaux. j’étais contraint de cuisiner, j’avais l’air d’ un bébé de trois mois à qui on demanderait de résoudre une équation de second degré. Et lorsque ma femme me demandait un coup de main en cuisine, elle jetait l’éponge rapidement. Quand j’avais fini, il y en avait jusqu’au plafond. Ca se terminait toujours de la même manière :. Ce n’était évidemment pas l’objectif visé, mais ne me déplaisait pas pour autant. 🙂 Maintenant, j’ai du mal à saisir cette peur panique. Cuisiner me semblait juste requérir de grandes connaissances. J’hésitais, même avec les plats les plus simples. Et puis, l’année dernière, un déclic s’est produit en moi. Je ne sais pas pourquoi. Simplement, c’est venu, comme ça. Un jour, donc j’ai voulu préparer le repas de famille. Rien de très compliqué, à première vue : un gratin de courgettes. Ca a été une telle catastrophe au point que l’on a fini par tout mettre à la poubelle. Mais une semaine plus tard, j’ai fait une deuxième tentative. Puis un autre. Ma femme a fondu en quelques jours sous prétexte que j’étais un cuisinier, mais au fur et à mesure, j’ai commencé à devenir bon. Et voyant que j’y prenais goût, ma femme a décidé de combler mes lacunes avec ce cours de cuisine à Lille. Je n’y suis certes pas devenu un un cuisinier d’exception, mais j’en suis ressorti aussi fier qu’un enfant ayant reçu sa ceinture jaune de judo ! En savoir plus en suivant le lien sur le site du spécialiste reconnu de ce cours de cuisine.

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La Prévention routière veut généraliser l’éthylotest antidémarrage

L’association soumet six propositions phares aux candidats à l’élection présidentielle. Malgré la hausse des tués sur nos routes pour la troisième année de suite, la sécurité routière est totalement absente des programmes des candidats à la présidentielle. «Le bilan 2016, qui est de 3469 tués, n’a pas réveillé les consciences», déplore Anne Lavaud, la déléguée générale de la Prévention routière. L’association compte provoquer un débat en soumettant six propositions phares à tous les candidats. Leurs réponses seront publiées dans trois semaines sur son site. «Un tiers des accidents mortels implique un conducteur en état d’ébriété et ce taux est inchangé depuis plusieurs années», indique-t-on à la Prévention routière. Ce constat démontre, selon elle, les limites des mesures en place. L’usage des éthylotests antidémarrage (EAD) reste notamment trop limité. À ce jour, ils peuvent équiper un véhicule sur décision d’un juge ou d’un préfet dans trois départements. L’EAD dans tous les véhicules compenserait une moins grande disponibilité des forces de l’ordre sur les routes. Celle-ci s’est traduite par une baisse de 14 % des dépistages de l’alcoolémie au volant entre 2008 et 2015. L’association souhaite voir cette règle figurer dans le Code du travail. «Chaque année, les accidents de trajets et de missions professionnels restent la première cause d’accidents mortels au travail avec 400 tués environ», rappelle-t-elle. Idéalisée, l’arrivée prochaine de la voiture-robot nécessite une réflexion plus large que celle des constructeurs. «C’est par la voiture que les jeunes expriment leur toute-puissance en prenant des risques. Comment vont-ils ensuite reporter ce besoin de se mettre danger?» interroge Anne Lavaud en estimant que les chercheurs en sciences humaines.

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La ville intelligente

La question générale qui anime ce travail de recherche est de déterminer à quelle réalité matérielle l’expression « ville intelligente » renvoie. Poser cette question est une façon de prendre au sérieux ce qui pourrait sembler n’être qu’un effet de mode, une « utopie mobilisatrice »6, tout en conservant une certaine distance vis‐à‐vis des discours cherchant à énoncer ce que sera le futur des villes. Position délicate ? Sûrement et ce d’autant plus que dire « nous faisons le pari de la matérialité » peut être interprété multiplement. Cela signifie‐t‐il que nous voulons débarrasser la smart city de tous ses discours, de son babil, et décrire dans le silence retrouvé les techniques qu’elle implique ? Nous aurons à nous expliquer sur ce genre d’oppositions et justifier le fait que nous n’entendons pas traiter exclusivement les techniques au détriment des discours. Cela signifie‐t‐il que nous avons pour habitude théorique de réduire tout concept, tout objet à ses conditions matérielles de production ? Il faudrait pour cela ancrer notre propos dans une tradition de pensée qui limite d’emblée tout travail d’enquête. Plutôt que d’égrener les nombreuses incertitudes et possibles contre‐sens que pourrait susciter cet emploi brut du mot « matérialité », nous nous contenterons de déclarer que ce qui nous intéresse tout particulièrement, ce sont les objets techniques rencontrés lors des salons d’exposition « Smart Grids, Smart City », dans la littérature scientifique et à l’occasion des nombreuses discussions que nous avons eues avec les chercheurs et les industriels ayant participé à la série de séminaires que nous avons organisée au Plan Urbanisme Construction Architecture (PUCA). La fréquentation de ces objets techniques a été aussi fructueuse que douloureuse. Douloureuse car n’étant ni ingénieurs ni scientifiques en blouse blanche, nous avons été confrontés à des explications concernant le fonctionnement de ces dispositifs qui nous étaient totalement inaccessibles. Il est rapidement apparu que nous étions face à une langue, à un vocabulaire, étrangers, et qu’une partie de ce qui se disait autour des objets techniques et qui faisait parler certains spécialistes nous échappait. A lire sur Séminaires Entreprises.

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Interdiction de la burka au Maroc

Le ministère marocain de l’Intérieur vient d’interdire l’importation, la fabrication et la vente de la burqa sur tout le territoire du pays. Comment cette interdiction est-elle perçue par la famille politique marocaine et comment la population va-t-elle réagir? Les autorités marocaines ont interdit la fabrication et la vente de la burqa, ce voile intégral musulman à l’afghane rarement porté par les femmes au Maroc. Selon la presse locale, le ministère de l’Intérieur a diffusé une circulaire à ses agents en charge des commerces dans les villes leur enjoignant de ne plus autoriser la confection et la commercialisation des burqas à compter de cette semaine. Les raisons d’une telle mesure ? La sécurité. Karim Ifrak, islamologue et chercheur au CNRS, y voit un message adressé d’en haut directement aux différents mouvements idéologiques affiliés plus particulièrement au salafisme. « La famille politique au Maroc est éclectique, donc les avis vont être divergents, mais dans leur grande majorité, ils vont accueillir (cette interdiction) avec un certain enthousiasme. Pour la société marocaine, je pense qu’elle va s’inscrire parfaitement dans les réactions des familles politiques parce que les familles politiques ne sont que représentatives de la société marocaine elle-même », a-t-il estimé dans un commentaire à Sputnik. Il a rappelé que la burqa, qui ne fait pas partie de façon claire du paysage ni religieux ni culturel de l’espace maghrébin, plus particulièrement marocain, n’est d’ailleurs portée que dans une petite partie du monde musulman. « Le message, il est clair par rapport à ceux qui voudraient faire implanter ou faire intervenir d’autres idéologies dans l’espace marocain », a pointé l’expert. Effectivement, le port de la burqa reste un phénomène extrêmement marginal au Maroc, où une majorité de femmes portent le hijab, un voile qui ne couvre que les cheveux. Vêtement traditionnel des tribus pachtounes en Afghanistan, la burqa, un long voile, couvre complètement la tête et le corps, une grille en tissu dissimulant les yeux. Au Maroc, le niqab, voile intégral qui ne laisse voir que les yeux, est porté par certaines femmes, en particulier dans les milieux salafistes. Cette tenue est davantage répandue dans les régions plus conservatrices du nord du pays et les petites villes. Aux yeux de l’expert, l’interdiction de la burqa pourrait appeler dans un avenir proche l’interdiction du niqab. Il juge possible sa disparition des ventes Maroc. « Cette première décision permettrait de prendre la température. Il est évident que la société marocaine dans son ensemble est plutôt farouche par rapport à la burqa. Maintenant, le niqab c’est une autre question, en sachant, bien évidemment, que dans sa majorité, la société marocaine n’est pas portée sur le niqab non plus », a-t-il expliqué. Il s’est pourtant montré réservé quant à la possibilité de l’abandon de la voilette marocaine, soulignant que là il s’agissait de préceptes profondément enracinés dans la culture et dans la religion musulmane marocaines. « Pour les faire bouger, il va falloir investir au moins davantage de temps, au moins un temps similaire si ce n’est plus », a conclu M. Ifrak.

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L’effet Facebook

Alors que Hong Kong votait pour renouveler son conseil législatif en septembre dernier, Facebook enregistrait des audiences bien supérieures aux médias traditionnels concernant les contenus politiques. Si certains sites d’information attiraient 30 000 lecteurs, les contenus sur Facebook étaient lus plusieurs centaines de milliers de fois au point que certaines chaînes d’info présentes sur le réseau social comme RTHK ou encore la BBC locale diffusaient leurs émissions directement sur Facebook, sans mettre de liens vers leurs propres sites Internet. Comment expliquer cette désertion des médias traditionnels ? Et quels effets cela a-t-il pu avoir sur le résultat des élections ? Raul Magni-Berton : Internet, et plus particulièrement Facebook, devient une chaîne politique privilégiée par les citoyens quand la méfiance vis-à-vis des médias traditionnels est très forte. Généralement, cela arrive quand les médias sont contrôlés par l’Etat, ou qu’il n’y a pas assez de concurrence entre eux, ou qu’ils sont dans les mains d’un petit nombre de grands groupes économiques. Dans les pays d’Afrique du nord, Facebook est très utilisé pour transmettre des contenus politiques et, de la même manière, lorsqu’en Italie Berlusconi avait la mainmise sur la quasi-totalité de la presse et la télévision, les recherches politiques sur Internet se sont multipliées. Aussi, en Espagne, à la suite de l’attentat de 2004, et face au faible nombre d’informations transmises par le gouvernement, le trafic sur Internet s’est multiplié par sept. Le mécanisme est toujours le même : tout est déclenché par une situation où il y a de bonnes raisons de penser que les médias classiques ne donnent pas l’information correcte. Pour cette raison, on observe dans plusieurs pays que la fréquentation régulière d’Internet est associée à une compétence politique plus grande, mais aussi à une attitude plus critique vis-à-vis des médias et, plus généralement, des pouvoirs en place. Les contenus partagés sur Facebook sont-ils différents de ceux des médias traditionnels ? Le fait que les algorithmes du réseau social accordent une prime de visibilité aux contenus viraux notamment peut-il biaiser la réalité d’une campagne et de ses candidats ?Lorsque la situation concernant la liberté de la presse est à peu près bonne, les contenus véhiculés par Internet reflètent ceux des médias traditionnels. Dans les études sur la campagne présidentielle de 2012, par exemple, il a été plusieurs fois remarqué que les contenus politiques les plus consultés sur Internet n’étaient pas indépendants des nouvelles diffusées par les grands médias. En revanche, c’est quand il y a un problème de liberté de la presse que les contenus diffèrent, parfois radicalement. Dans le cas où ils diffèrent, il y a effectivement une crainte diffuse que les contenus qui circulent sur Internet produisent de la mauvaise information ou, par exemple, des théories du complot. Mais pour le moment, aucune étude empirique ne confirme cette idée et, au contraire, les gens qui suivent l’information sur Internet s’avèrent plus compétents et informés que les autres. Je dirais donc que c’est plutôt en suivant uniquement les médias classiques que la réalité peut être biaisée.

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Cyberguerre

L’élection présidentielle de 2017, prochain terrain de jeu des hackers russes? Le scénario n’a rien de fantaisiste. Après les attaques informatiques qui ont perturbé l’élection présidentielle américaine, les autorités françaises redoutent de voir se multiplier intrusions et tentatives de piratages d’ici le mois de mai prochain. Objectif à peine dissimulé de ces pirates venus du froid: déstabiliser le processus démocratique pour fragiliser le futur pouvoir en place. Une nouvelle Guerre froide qui a déjà débuté. En octobre, Washington a ouvertement accusé Moscou d’avoir autorisé des cyberattaques dans le « but d’interférer dans le processus électoral américain ». Une accusation d’autant plus sensible que les Etats-Unis recourent à de nombreuses « machines à voter » et sont donc vulnérables aux intrusions numériques. Si la France n’est pas exposée à ce type de risque (la quasi-totalité du scrutin présidentiel est physique), elle prend très au sérieux la menace qui pèse sur les personnalités et des formations politiques. Comme l’a révélé Le Monde ce jeudi, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) a réuni le 26 octobre dernier des représentants des principaux partis politiques pour un « séminaire de sensibilisation des acteurs de la vie politique aux risques liés aux attaques informatiques ». Au programme de l’invitation que Le HuffPost s’est procurée: présentation de « l’état de la cybermenace » et des récentes attaques pouvant « menacer le bon déroulement de la campagne politique en France ». La Russie n’est officiellement pas évoquée. Les représentants de plusieurs partis présents à cette réunion nous ont en revanche confirmé que les hacktivistes travaillant sous l’égide de Moscou étaient bien dans le collimateur de la SGDSN. Outre le rappel des bonnes pratiques visant à sécuriser les accès aux sites des partis politiques, l’Anssi (Agence nationale de sécurité des systèmes d’information) a tenu à sensibiliser les appareils aux risques auxquels leurs candidats s’exposaient. « Tous les exemples cités venaient d’outre-Atlantique. Tous démontraient que le piratage était avant tout utilisé contre le candidat, les organisateurs insistant bien, schéma à l’appui, sur la concordance des attaques avec le calendrier électoral », nous explique Bastien Ho, responsable des outils numériques chez Europe-Ecologie-Les Verts. Les cibles sont multiples, les usages aussi: vol de données sensibles (données personnelles des élus, militants, donateurs), publications des données d’un candidat ou de son entourage à des fins de déstabilisation, perturbation de sites internet via des techniques de défacement (altération de la présentation, des contenus), mise en échec par déni de service distribué (DDoS). On imagine d’emblée les conséquences qu’auraient pu entraîner ce type d’attaques sur le site de la primaire de la droite. Le piratage de la chaîne TV5 Monde en avril 2015 par un mystérieux Cybercaliphate, en réalité des hackers russes, qui avait empêché la chaîne d’émettre tout en prenant le contrôle de ses sites internet, est désormais considéré comme un test grandeur nature. Voire un avertissement. « Une guerre froide numérique se développe avec des escarmouches, des harcèlements qui ont notamment pour objectif de tester ‘l’autre’. La campagne présidentielle puis législative devrait nous offrir quelques cas concrets », prévient le général Marc Watin Augouard, directeur du centre de recherche de l’EOGN et fondateur du Forum International de la Cybersécurité. Ce dernier évoque un autre danger, déjà bien identifié lors de l’élection présidentielle américaine: la diffusion massive de rumeurs et de fausses informations (fake news) via les réseaux sociaux, là encore afin de déstabiliser un candidat ou une équipe de campagne. « Nous sommes en train de découvrir l’importance de la couche sémantique du cyberespace, là où se déroule la ‘bataille du sens’, explique le général Marc Watin Augouard. Une attaque via un contenu peut avoir plus d’impact qu’une attaque virale sur un système de traitement automatisé de données, car elle s’opère devant de nombreux internautes qui, souvent, la diffusent sans avoir conscience de mal agir ». Pour parer au pire, les partis politiques sont invités à diffuser les bonnes pratiques auprès de leurs membres: sécurisation des ordinateurs, attention redoublée au risque de vols de terminaux, usage restreint de boîtes mails privées… Des précautions simples qui relèvent de la révolution pour des cadres politiques qui s’avouent peu concernés par ces risques. La structuration confédérale des appareils partisans n’arrange rien: « Il existe de telles strates administratives et un tel turnover des élus et des adhérents que cela rend très compliqué de sensibiliser l’ensemble de acteurs », prévient Bastien Ho. « C’est un phénomène complètement nouveau et les Etats-majors politiques sont totalement inconscients du danger », alerte le chercheur à l’Ifri Julien Nocetti, spécialiste de la Russie et de la guerre de l’information. « Jusqu’à présent, explique-t-il, les principales puissances utilisaient le cyberespace à des fins d’espionnage, pas de déstabilisation. Désormais, la politique très agressive de la Russie rend impossible de faire l’impasse sur les risques encourus ». Problème: le gouvernement, qui vient d’annoncer un plan d’action pour « renforcer la sécurité des systèmes d’information » dans les hôpitaux, s’interdit pour l’heure d’imposer une régulation stricte pour ne être pas accusé de s’immiscer dans le fonctionnement interne des partis politiques.

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